Passez les portes du monde de l’impro avec Marie Argence

Bonjour Marie, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Hello !

Marie, 28 ans (je suis, paraît-il, rentrée dans l’âge adulte… !). Je suis Marseillaise, « expatriée » en Auvergne (au Puy-en-Velay en Haute-Loire) pour le boulot (et pour le cœur !).

Je suis passionnée de théâtre depuis fort fort longtemps. Lors de mes études à Aix-en-Provence, j’étais présidente du club théâtre de mon école pendant deux années : deux années géniales durant lesquelles avec les membres du club on a créé plein de spectacles. Ces membres sont aujourd’hui pour la plupart de grands amis avec lesquels je sais pouvoir maintenir un lien à travers le temps.

Club Théâtre Sciences Po Aix 2013-2014 après la première de Musée Haut Musée Bas.

Une fois diplômée en 2017, je voulais travailler dans les théâtres, pas comme comédienne mais dans les bureaux. Après 2 expériences dans ce domaine, j’ai préféré laisser le théâtre à la passion pour continuer à jouer sans que cela soit entaché par les soucis du quotidien professionnel.

Pourquoi es-tu si intéressée par l’improvisation théâtrale ?

L’impro au départ, je l’ai découvert lors de ma première année au club théâtre, lorsque je n’étais pas encore présidente. La première fois que j’en ai fait, une vraie angoisse !

De nature réservée à l’époque, j’ai réussi à briser certains blocages et à prendre confiance en moi notamment grâce à l’impro.

Après mes études, et selon mes lieux de vie, j’ai à chaque fois fait partie de ce qu’on appelle une Ligue d’improvisation. Si vous creusez un peu, vous verrez qu’il en existe dans à peu près toutes les villes de France.

Art peu connu qui nous vient du Québec, l’impro c’est une manière de faire du théâtre sans avoir à apprendre un texte. C’est faire partie d’une ligue, d’une troupe, donc d’une famille. C’est avoir des copains de tous les âges et horizons. Pour moi aller voir de l’impro, c’est aller voir des grands enfants sur scène : faire du théâtre d’improvisation, c’est cultiver son univers, sa créativité, sa spontanéité, tout en jouant avec son équipe. Un bon improvisateur, c’est celui qui joue avec ses coéquipiers et non en solo.

Le Mithe (Mouvement d’improvisation théâtrale de Marseille) – Match d’impro 2018

Préfères-tu le théâtre improvisé au théâtre écrit ou déjà structuré ? Pourquoi ?

Cette question est très complexe pour moi. C’est comme demander si on est plutôt ketchup ou mayo. Certains arrivent à trancher facilement, moi je réponds « ça dépend avec quoi je mange mon plat ».

Idem pour l’impro ou le théâtre classique, ça dépend de ma période de vie, de mes besoins, je jongle entre les deux.

Actuellement je fais partie d’une ligue d’improvisation et d’une troupe de théâtre classique. Finalement, après plusieurs années à faire que de l’improvisation, j’ai eu envie de retourner vers le classique, que j’avais délaissé après une expérience passée laborieuse.

Jongler entre classique et impro, c’est jongler entre deux univers qui ont chacun leurs codes, mais qui sont ô combien complémentaires à mes yeux, ce qui n’est pas l’avis de tous ! Impro et classique, c’est un peu comme les Capulet contre les Montaigu. Ça se tire dans les pattes : les classiques diront que l’impro c’est pas du vrai théâtre ; les impros diront que le classique c’est pour les péteux (pour la faire courte).

Quand on fait du théâtre classique, pour les échauffements on pratique de l’improvisation. Après il y a tout le travail d’un seul personnage quand on prépare une pièce : pousser la psychologie du personnage à fond, l’explorer au maximum. Ça paraît peut-être plus ennuyeux que l’impro qui paraît apporter non-stop de la nouveauté : détrompez-vous ! Jouer une pièce ça n’est pas redondant, car chaque représentation est différente (du fait de l’énergie du public, de la troupe, de soi …).

Je vous ai comprises, par la Cie La Tête Dans les Nuages, 2017

Quand on fait de l’improvisation, on devient couteau suisse. On explore de multiples personnages, certains plus facilement que d’autres. On se rencontre soi à travers les impros, on se surprend ! On est adaptable et on apprend l’écoute de l’autre. Par contre, pour apprendre à connaître tous nos personnages, il nous faut énormément de temps !

De ce fait, pour moi, les deux sont importants et je ne saurai choisir ! Ils sont complémentaires et répondent à des besoins différents selon mes périodes de vie.

Quelles sont les expériences les plus marquantes que tu as vécu au théâtre ? (Improvisations ou pas).

Ouf … il y en a un paquet …

Des bonnes et des moins bonnes.

Ces fois-là où on descend d’une scène d’impro et on se dit que plus jamais on remontera sur scène…

Ces fois-là où l’on se surprend avec ses partenaires à construire quelque chose de magique !

Je me refuse à en décrire une en particulier, car ça serait choisir … et je suis incapable de choisir tel moment plutôt qu’un autre tant c’est à chaque fois intense et différent.

La SLIP (Sympathique Ligue d’Improvisation Ponote) – Show d’impro 2020

Comment fonctionne l’improvisation théâtrale en France ?

On appelle les troupes d’impro des « ligues ». Dans chaque ville de France on en trouve au moins une en général. Chaque ligue a ses propres fonctionnements, sa propre histoire.

Généralement, des matchs sont organisés dans toute la France par les ligues : elles invitent d’autres ligues d’autres villes qui les invitent ensuite en retour. Cela permet de faire des rencontres partout en France voire en Europe !

Quand on parle de « match d’impro », on parle de la forme la plus classique de théâtre d’impro. Tout droit de venu du Québec, ces matchs s’inspirent des matchs de hockey par les tenues vestimentaires. Le public est impliqué et vote à chaque fin d’impro pour l’équipe de son choix.

Il existe aujourd’hui presque autant de formats d’impros que de ligue : chaque ligue revisitant les façons d’appréhender les matchs, les spectacles « long form », les shows … de quoi ne pas s’ennuyer !

Le Mithe – Match d’impro 2018

Comment définis-tu le « spectacle vivant » ?

Pour moi, c’est le spectacle de l’instant, celui qui est unique. C’est ce qu’on voit et ressent en allant à une pièce de théâtre, un concert de musique, un spectacle de danse. Souvent ça fait vieillot : les jeunes ne sont pas toujours très friands du théâtre par exemple. Pourtant, il s’agit du plus ancien divertissement au monde : bien avant Netflix, le cinéma et j’en passe ! Quand on va voir un spectacle dit vivant, on va assister à de l’unique, à de l’éphémère : on voit une création sur l’instant, quelque chose qui n’existera plus après. Chaque représentation est différente du fait de l’énergie des artistes, de l’énergie du public. C’est ce qui rend cette forme d’art aussi magique.

Répétition de La Gâchette du bonheur, semi-performance de Ana Borralho et João Galante, 2017

Quel est un artiste pour toi ? Et ta définition de l’art ?

Vastes questions dont la réponse sera très subjective !

Pour moi, un artiste c’est quelqu’un qui a soif de comprendre, de questionner, de déranger, de faire rêver, de s’exprimer.

C’est un peu comme un visionnaire, quelqu’un en avance sur son temps. C’est aussi un grand enfant qui refuse de s’ancrer les deux pieds dans la réalité car celle-ci ne lui convient pas.

C’est celui aussi qui a soif de faire partager son art car c’est la seule manière qu’il a trouvé de se sentir vivant.

Quant à l’art, il fait partie intégrante de l’identité d’une société : issu d’un espace et d’un temps particulier. Pour moi art et culture sont indissociables dans le sens où il existe autant de formes d’arts que de sociétés humaines. L’art de la danse, du théâtre, de la peinture, de la cuisine, de l’architecture, du numérique, de la mécanique, du jardinage … l’art est un témoin du temps, il est ce qui reste de notre passage sur terre en tant qu’humain.

Comment se situe ton travail là-dedans ?

Je suis « Conseillère d’éducation populaire et jeunesse », en gros je suis fonctionnaire d’Etat et le plus gros de mon travail consiste en du travail partenarial.

L’impro m’aide beaucoup : dans un métier du relationnel où l’on a affaire parfois à de la « réunionite aigue », l’impro m’aide à animer des réunions et formations. Je m’amuse à me mettre en scène : je joue le rôle d’un agent de l’Etat et adopte sa posture, tout en essayant au maximum de rendre mes interventions punchy, constructives, connectées avec l’autre. J’essaie au maximum de ne pas tomber dans l’écueil du « descendant » : et l’impro m’y aide énormément (à l’inverse peut-être du théâtre classique) puisqu’il s’agit en impro comme dans mon travail de « construire ensemble ».

Comment vis-tu la période actuelle concernant tes activités d’improvisation théâtrale et ta relation à la culture ?

C’est difficile évidemment. Mon cerveau et mon imaginaire s’ennuient … Du coup, je me suis plongée dans d’autres choses pour garder ma curiosité intellectuelle en éveil …

Que recommanderais-tu à quelqu’un qui aimerait se lancer dans le monde de l’improvisation théâtrale ?

Ne pas trop réfléchir si la curiosité et l’envie sont là. Il faut y aller ! Certes il y aura des moments où ça paraîtra insurmontable, mais ça ne le sera jamais vraiment : il faut être prêt à faire un petit travail sur son ego par contre, c’est chose certaine.

D’un point de vue pratico pratique : les ligues sont vraiment toutes très différentes, ne pas hésiter à poser des questions à plusieurs ligues si c’est possible pour savoir celle qui nous conviendrait le mieux. Certaines ligues sont d’ailleurs plus accessibles que d’autres … il ne faut pas s’en étonner, ça fait partie de leur fonctionnement à chacune.

Festival d’Aix en Impro 2018 avec la Lipaix (Ligue d’improvisation d’Aix en Provence)

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